L’association

Anaon a été créée le 16 mai 2025 par ses membres fondateurs, réunis par le désir de faire évoluer les pratiques. Deux conseillères funéraires : Camille Lapouge, porteuse de projet, développe le lien entre la terre et la mer, Sonia Valence, apporte son expertise funéraire et de maître de cérémonie; Et deux du côté maritime : Julien Prévost, marin professionnel, conseille sur l’aspect maritime, et l’association An Test, représentée par son président, Nicolas Blancquaert, porte la voix des bateaux traditionnels. Nicolas Filloque construit l’identité visuelle et nourrit de nouveaux imaginaires pour le funéraire. Le 16 juillet, l’association Anaon a célébré sa création lors d’une traversée fondatrice à bord de Notre-Dame de Rumengol.


Photo de Café Mortel à bord de Notre-Dame de Rumengol
Porteuse de projet

Camille Lapouge

« En 2021, j’ai commencé à travailler en pompes funèbres et en marbrerie. En parallèle, souhaitant devenir marin, j’ai intégré une formation aux métiers de la mer. A la jonction de ces lignes de vie a émergé ANAON, un projet d’association funéraire maritime, en partenariat avec des navires traditionnels, autour duquel j’ai réuni le cœur d’un collectif et des partenaires. Afin de m’inscrire dans un réseau d’acteurs funéraires militants, je me suis formée en tant que conseillère funéraire en coopératives funéraires, à Rennes, puis à Nancy. J’y ai trouvé une réflexion riche sur la capacité des rites à faire société. Je suis convaincue que puiser dans le patrimoine maritime peut contribuer à redonner du sens aux funérailles. La culture maritime des bateaux traditionnels est tissée de solidarités qui me semble aujourd’hui éclairante pour refaire communauté autour des familles endeuillées. »

Sonia Valence

« Avec curiosité et élan, j’ai participé à
différents projets : travail social, formation, enseignement. Avec des missions toujours engagées puisque de fait, elles participaient à une forme de justice sociale. J’aime cela aussi : faire bouger les lignes, accompagner les personnes dans leur projet de vie. Et aujourd’hui c’est la mort que j’accompagne. Mais dans une structure porteuse de sens : citoyenne et engagée. Faire évoluer les pratique des funérailles et inscrire la mort dans un projet social, écologique et solidaire me semble une alternative aujourd’hui nécessaire. »

Julien Prévost, marin

«Gabier à bord du trois-mâts Belem, j’ai travaillé sur différents navires du patrimoine comme Biche ou encore Marité. Après plusieurs enterrements dans lesquels je ne me suis pas senti très à l’aise avec le culte ainsi que le cadre dans lequel nous honorions nos morts, je me suis dit qu’il y avait sûrement moyen de faire autrement, en particulier de rendre ces cérémonies plus humaines. J’ai par la suite participé en tant qu’équipage à une dispersion en mer sur Marité, à laquelle une flottille de bateaux s’était jointe. Ce fut un très beau moment, et j’y ai trouvé quelque chose qui répondait à ce que j’attendais. Pour ces raisons, le projet d’une association funéraire maritime m’a tout de suite parlé. Ayant un réseau dans le milieu maritime et surtout des vieux gréements, j’interviens comme « conseiller maritime » : je fais le lien avec les marins et différents bateaux ou organismes susceptibles d’être intéressés par le projet ».

Notre-Dame de Rumengol : Nicolas Blancquaert, Président de l’association An Test.

« Participer au projet d’association funéraire maritime est une évidence pour Notre-Dame de Rumengol. L’association est souvent sollicitée pour de la dispersion de cendres en rade de Brest ou mer d’Iroise. De ce fait nous avons participé à plusieurs « cérémonies » ou « discours » et nous voyons que le bateau pour les familles du défunt est un endroit neutre qui permet aussi le rapprochement lors de ce moment de recueillement. L’équipage, constitué de trois femmes, ne reste pas insensible également à ce projet qui a du sens pour elles dans l’accompagnement, l’écoute et la compassion du moment, alliés à leur passion de la mer. Tout cela ne peut que prédire un moment chaleureux aux familles. »

Nicolas Filloque

Durant des études à l’École nationale des arts décoratifs (Ensad) de Paris, il co-fonde l’atelier Formes Vives en 2007. Il fait du travail collectif un enjeu fort de sa pratique. Il tisse une pratique de designer avec celle d’auteur pour répondre aux problématiques de chaque contexte. Faire des images (ou faire image) s’est toujours prendre part à la construction de nouveaux imaginaires. « Pourquoi prendre part au projet ? Parce que c’est dans l’émotion, dans l’urgence, dans les retrouvailles contraintes que s’imagine le temps des funérailles. Parce que c’est faire pour un·e absent·e autour de la table, faire avec au mieux si il y a des recommandations, faire contre peut-être. Mais surtout parce que nos mort·es comptent, que les moments de partage collectif nous soutiennent, parce que le néant n’est pas une perspective triste, parce que nos croyances diverses doivent trouver des endroits de rencontre et d’expression. Dans tout ce qui nous concerne nous devrions avoir nos mots à dire, nos gestes à faire. Nous devrions avoir le choix, nous devrions et ce n’est pas encore le cas. »